Interview avec Thomas Youngblood
Mark Morton, Heavy Metal Examiner - 27 août 2011

 

Depuis plus de quinze ans, Kamelot, le groupe métal phare de Tampa, a bravé les eaux du heavy métal progressif, donnant à chacun de leurs albums une atmosphère riche et unique.

Avec la sortie de son dernier opus, « Poetry For The Poisoned », le groupe aborde une face plus sombre, plus menaçante et, parfois, plus austère, de son monde musical.

Avant le lancement de sa tournée nord-américaine (avec Alestorm, Blackguard et The Agonist), Examiner a conduit avec le compositeur principal et guitariste Thomas Youngblood une interview, pour apporter quelques éclaircissements sur la direction sombre prise avec brio par la saga Kamelot !

 

Le fait d'être un groupe américain qui, non seulement, existe depuis aussi longtemps que vous , mais qui a dû également durement lutter pour conquérir un public national a-t-il contribué à ouvrir Kamelot à cette sombre aura ?

Non, pas du tout. Je veux dire, il y a six ans, personne ne faisant de la musique comme nous n'aurait été capable de tourner aux States. Nous ne sommes pas encore tout à fait là où nous voulons être, mais cela progresse encore ici.

Je pense qu'il s'agit avant tout d'une question de sensibilité ; le pays est tout simplement tellement grand que c'est vraiment très dur de manager un groupe sans une structure marketing similaire à celle que des groupes comme Linkin Park peuvent avoir. Alors qu'en Europe, vous pouvez avoir un marketing plus centralisé pour l'Allemagne, ou la Hollande, ou n'importe où ailleurs. Je pense que cela a été un problème majeur pour n'importe quel autre groupe du même style que Kamelot.

Mais dans le même temps, nous sommes heureux où nous sommes. Nous voudrions être plus connus aux États-Unis, bien sûr, mais vous devez aussi envisager le pire des scénarios. Je veux dire, « Poetry For The Poisoned » est entré dans le Top 100, et nous allons continuer à progresser en Amérique. Je ne pense pas que cela vienne des idées noires dans l'album. Il s'agissait davantage d'une « photographie »de notre époque - que ce soit des amis ayant perdu leur emploi, leurs maisons, vous voyez ? Quand vous y réfléchissez, il y a beaucoup de mauvaises choses qui arrivent aux gens, et cela n'aide pas vraiment à se positionner dans une écriture « positive «  vous voyez ?

 

Et pourtant, malgré tout cela, il reste toujours un sens du fantastique, qui, pour moi, est le seul élément que Kamelot a gardé comme un fil conducteur tout au long de sa discographie.

Ouais, dans une certaine mesure, bien sûr. Mais je pense que c'est plus basé sur des éléments symphoniques (cordes et abondants arrangements) qui évoquent des choses pour vous. Les textes eux, ne sont pas franchement basés sur du fantastique, comme ça l'a été pour le « Fourth Legacy ». Nous avons fait un effort conscient, depuis « Siege Perilous », pour ne pas être dépeints comme un groupe ne chantant qu'à propos des dragons ou de trucs comme ça. Nous voulons être un groupe qui chante ce qu'il veut. Et j'ai grandi avec des groupes qui faisaient ce qu'ils voulaient, comme Queen et Led Zeppelin. Il est donc important pour nous d'être libres de faire ce que nous voulons, musicalement et lyriquement.

 

Qu'est-ce qui vous a amené à axer votre écriture sur des personnages ?

Vous savez ... Je ne sais pas. Depuis un moment déjà, nous avions lancé quelques idées à propos de ce que nous pourrions faire avec ce gars, le Zodiac. Nous avions déjà abordé ce genre de sujet avec la trilogie "Elizabeth" [sur KARMA 2001]. Je ne sais pas, je pense que, parce que la couleur de l'album est un peu plus sombre que ce que nous avions fait auparavant, cela a ouvert un peu plus nos esprits à ces éléments.

En général, je ne tiens pas vraiment à faire des chansons sur les meurtriers, mais ça a juste été un sujet qui a surgit comme ça. Parfois, les choses arrivent et vous ne vous rappelez pas vraiment comment vous y êtes arrivé, et parfois vous vous souvenez de tout. Je ne me rappelle pas exactement comment l'idée du Zodiac est arrivée, je me souviens juste que c'était une discussion intéressante, et je pense que Roy n'avait jamais entendu parler de ça auparavant. Je pense que l'utilisation de ces histoires à thèmes peut être plus intéressantes du point de vue d'un lecteur et d'un auditeur.

 

Mais quand vous allez chercher quelqu'un comme Jon Oliva pour dépeindre un tueur en série, le public va finir par l'identifier à lui !

[Rires] Je sais. Et ça a été pareil avec Shagrath « jouant » Mephisto. Je suppose que tout dépend de vous, à quel point vous étiez un fan de Jon avant que vous n'entendiez la chanson.

 

Avec des fans de métal progressif aussi farouchement loyaux, il faut que je le demande, avez vous eu des soucis pour avoir choisi Shagrath (de Dimmu Borgir) pour participer au « Black Halo » ?

Pas autant que je ne l'aurais pensé. Je dois être honnête ; au début, je pensais que cette idée était un peu folle. C'était une idée de Roy... et ça a vraiment bien marché. Si vous vous placez hors de vos goûts musicaux, ou genre de musique (ou si vous regardez la vidéo ou écoutez la chanson sans vraiment savoir qui est concerné), cela fonctionne à la perfection. Et c'est vraiment tout ce qui compte. Si vous pouvez vous éloigner de ce genre de sectarisme ou de partialité, c'est tout ce qui compte pour la chanson. Je pense qu'à l'heure actuelle les fans de Dimmu Borgir ont un bien plus grand problème avec ça que les fans de Kamelot.

Quand vous allez à un concert de Kamelot, il faut vous attendre à trouver différentes « sortes » de fans. Bien sûr, vous aurez le mec prog à fond, avec le t-shirt Rush et les bras croisés, mais vous aurez aussi les filles en gothique au premier rang. Le truc cool c'est que vous avez tous ces gens différents, qui viennent ensemble pour écouter cette musique unique, qui mélange genres et âges. C'est une chose dont on est très fiers.

 

Je dois avouer, cependant, que la première fois que j'ai entendu "The Zodiac", j'en ai eu des frissons. Jon Oliva ajoute vraiment une autre dimension au son de Kamelot.

C'est génial. Quand j'ai entendu son travail pour la première fois, je me suis dit "OUI !". Je ne pense pas que beaucoup de gens se rendent compte, surtout si vous n'êtes pas de cette région, que Savatage a vraiment été un grand groupe, ici à Tampa. Je veux dire, je me souviens être allé les voir à l'Avatar, avant que je ne commence à jouer de la guitare. Et d'avoir Jon sur l'album est tout simplement incroyable. Et puis, savoir que Jon a appris à connaître Kamelot et à être un de nos fans au fil du temps est tout simplement génial. Il est une telle icône à Tampa que de l'avoir sur l'un de nos albums est tout simplement un honneur.

En fait, ça a été une pure coïncidence. Tous ceux que nous avions prévu pour l'album avaient fini leurs parties. Et pendant que nous travaillions sur « The Zodiac », l'une des phrases musicales m'a semblé convenir parfaitement à ce que Jon pourrait chanter. Et j'ai eu le sentiment que nous avions besoin de quelqu'un comme lui pour incarner le personnage de ce tueur du Zodiaque.

Jon a ce style, cette voix démoniaque qui est tout simplement incroyable et instantanément reconnaissable. J'ai donc décidé de contacter Jon pour voir s'il serait intéressé par cette collaboration. En outre, Casey [Grillo, drums], a joué certaines parties de batterie sur son dernier album [FESTIVAL]. Tout c'est passé très vite, il a dit qu'il aimerait beaucoup le faire, et en quelques semaines, tout a été parfaitement bouclé.

 

Vous avez collaboré avec Simone Simons quatre fois sur vos albums. Quand allez-vous enfin la voler définitivement à Epica ?

[Rires] C'est la prochaine étape ! Non, c'est la petite amie de notre claviériste [Oliver Palotai], donc c'est toujours cool de l'impliquer dans nos albums, et à chaque fois qu'il y a une possibilité pour elle de faire la tournée avec nous, c'est un plus de l'avoir en concert et de faire quelques chansons avec elle. C'est un grand luxe, je pense. Beaucoup de groupes aimeraient avoir Simone sur leurs disques, ou des gars comme Björn [Strid] et Gus [G.], alors c'est juste vraiment cool que nous sommes en mesure de le faire.

 

Etes-vous ennuyés que vos albums précédents ne soient plus disponibles ?

Rires] Hmm, je suppose qu'il y a des avantages et des inconvénients à cela. Bien sûr, ces enregistrements ne nous appartiennent pas vraiment, parce c'était à une époque où les contrats étaient vraiment mauvais. Je veux dire, nous n'avons pas vu un centime de ces ventes. Mais bien sûr, vous voulez que les gens aient quelque chose à acheter. Donc je pense que c'est une épée à double tranchant. Je pense que maintenant que nous avons notre propre label, nous pouvons nous replonger dans l'ancien catalogue et chercher des moyens d'acquérir des titres que nous pourrions remasteriser et rééditer.

 

Comment est né le concept de KMG Recordings ?

Eh bien, l'idée d'avoir notre propre label était évoquée entre nous depuis bien des années maintenant. Nous avons parlé à beaucoup de labels à propos du fait de sortir Poetry For The Poisoned ici, aux Etats-Unis, mais nous avons ressenti que nous n'avions plus la confiance que nous pouvions avoir dans les personnes qui voulaient nous produire sur leurs labels.

Et c'est ce que nous avons maintenant, nous avons des gens qui comprennent Kamelot – ils comprennent nos fans. Et les ventes de disques au cours de la première semaine ont été près du double de ce que le dernier avait fait avec la compagnie précédente, donc c'était à l'évidence la bonne décision à prendre.

Nous détenons tous les droits, et nous avons le contrôle sur le marketing rattaché au groupe ; car nous en savons bien plus sur nos fans que n'importe qui, assis tranquillement derrière un bureau et qui a des dizaines d'autres groupes à gérer. C'était un gros risque, mais, depuis que l'album est sorti, cela en valait la peine, et nous avons ainsi créé un précédent pour le futur.

 

Traduction par Mephisto1

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